Les 2 et 3 octobre 2026, le Forum International des Masters & MBA réunira, à l’Hôtel Marriott Casablanca, des universités et de grandes écoles marocaines et internationales. À cette occasion, Mohcine Berrada, Président-Directeur Général du Groupe L’Étudiant Marocain, analyse l’évolution des attentes des candidats et rappelle les critères à examiner avant de choisir une formation.
![[INTERVIEW] Mohcine BERRADA : « Un Master ou un MBA doit préparer la suite, pas seulement prolonger les études »](/_next/image?url=https%3A%2F%2Fuploads.stagiaires.ma%2Fmba-ma%2Fimages%2Farticles%2F2026%2F09%2F21165033%2FfORUM-01e6212a.jpg&w=3840&q=75)
Choisir un Master ou un MBA ne se résume plus à comparer des intitulés de programmes ou la notoriété des établissements. Les candidats veulent désormais connaître les compétences enseignées, les débouchés professionnels, les possibilités de stages, l’ouverture internationale et la capacité réelle du diplôme à soutenir leur projet de carrière.
Cette évolution transforme également la manière dont les universités et les grandes écoles présentent leurs formations. Face à des candidats mieux informés et plus exigeants, elles doivent apporter des réponses précises sur leurs programmes, leurs spécialisations, leurs partenariats académiques et leurs relations avec les entreprises.
À l’occasion du Forum International des Masters & MBA 2026, Mohcine Berrada revient pour MBA.ma sur les nouvelles attentes des étudiants, des jeunes diplômés et des professionnels en quête de spécialisation ou d’évolution de carrière.
1. Pourquoi avoir créé un Forum exclusivement consacré aux Masters et aux MBA ?
Mohcine BERRADA : Poursuivre ses études ne signifie plus simplement ajouter un diplôme à son parcours. Après un Bac+2, un Bac+3 ou un Bac+4, les candidats se retrouvent face à une offre particulièrement large. Ils doivent choisir entre plusieurs spécialisations, plusieurs établissements et, parfois, plusieurs pays.
Derrière cette diversité apparaît une question déterminante : que va réellement apporter la formation à la suite du parcours académique et professionnel ?
C’est cette interrogation qui nous a conduits à créer le Forum International des Masters & MBA. Depuis près de quatre décennies, nous accompagnons les jeunes dans leurs choix d’orientation. Nous avons constaté une évolution très nette de leurs attentes. Les candidats veulent désormais comprendre précisément ce qu’ils vont apprendre, les compétences qu’ils pourront développer et les perspectives auxquelles la formation leur donnera accès.
Ils souhaitent également obtenir des informations concrètes sur les stages, l’alternance, la mobilité internationale, les doubles diplômes et les relations entretenues avec les entreprises.
Un site internet ou une brochure peuvent présenter les grandes caractéristiques d’un programme. Une rencontre directe permet cependant d’aller plus loin, de confronter plusieurs offres et de poser des questions auxquelles les supports institutionnels ne répondent pas toujours. La vocation du Forum est précisément de créer cet espace de dialogue avant une décision qui peut engager plusieurs années d’études et orienter durablement une carrière.
2. Quels critères doivent guider le choix d’un Master ou d’un MBA ?
Mohcine BERRADA : Le premier critère doit être la cohérence entre la formation et le projet du candidat. Un programme ne devrait pas être choisi uniquement pour son intitulé, sa popularité ou le prestige apparent de l’établissement qui le propose.
Le candidat doit commencer par examiner le contenu réel de la formation. Quelles matières seront enseignées ? Quelles compétences techniques, managériales ou comportementales seront développées ? Quelle place est accordée aux projets, aux études de cas et aux expériences professionnelles ? Les enseignements correspondent-ils au métier ou au secteur envisagé ?
Il faut ensuite s’intéresser aux conditions d’accès, au niveau d’exigence, au rythme des études et aux modalités pédagogiques. Un programme peut être pertinent sur le papier, mais ne pas être adapté au profil, aux capacités ou aux contraintes personnelles du candidat.
Les débouchés constituent naturellement un autre critère important. Il ne suffit pas de consulter une liste générale de métiers. Le candidat doit chercher à comprendre les fonctions réellement occupées par les diplômés, les secteurs qui recrutent et les compétences demandées par les employeurs.
Enfin, le coût global mérite une analyse précise. Aux frais de scolarité peuvent s’ajouter le logement, le transport, la mobilité internationale ou le matériel pédagogique. Une décision éclairée suppose donc de mettre en regard l’investissement demandé, la qualité de la formation et les perspectives professionnelles. Le bon programme est celui qui correspond au projet de la personne qui va le suivre.
3. Qu’est-ce qui a le plus changé dans les attentes des étudiants et des jeunes diplômés ?
Mohcine BERRADA : Les candidats sont devenus beaucoup plus attentifs à l’après-diplôme. Il y a quelques années, le nom d’un établissement ou l’intitulé d’une formation pouvait suffire à susciter l’intérêt. Aujourd’hui, les questions sont beaucoup plus concrètes : quels métiers pourrai-je exercer ? Quelles compétences vais-je acquérir ? Quelle spécialisation dois-je choisir ? Quelle expérience professionnelle sera intégrée au cursus ? Quelle sera l’ouverture internationale du programme ?
Cette évolution est positive, car les candidats comprennent qu’un même niveau de diplôme peut conduire à des trajectoires très différentes. Deux Masters portant des intitulés proches peuvent proposer des contenus, des méthodes d’enseignement et des relations avec les entreprises très différents.
Nous observons toujours un intérêt soutenu pour le management, la finance, le marketing, le commerce international, l’entrepreneuriat et les MBA. Dans le même temps, la demande progresse dans des domaines qui connaissent des transformations rapides, comme la data, l’intelligence artificielle, la cybersécurité, le digital, la transformation des organisations ou la supply chain.
Les enjeux liés à l’énergie, à l’environnement et au développement durable occupent également une place croissante dans les projets de formation.
Derrière cette diversité, les candidats expriment une même préoccupation : ils veulent donner du sens à leur choix et comprendre où celui-ci peut les conduire. Ils ne recherchent plus uniquement un diplôme supplémentaire, mais une spécialisation capable de renforcer leur positionnement professionnel.
4. Quelles informations les universités et les grandes écoles doivent-elles fournir aux candidats ?
Mohcine BERRADA : Les établissements doivent aller au-delà d’une présentation générale de leurs programmes. Les candidats attendent des informations précises sur les enseignements, les spécialisations, les méthodes pédagogiques et les compétences effectivement développées.
Ils veulent notamment savoir qui intervient dans la formation, quelle place est accordée aux enseignants issus du monde professionnel et comment les connaissances théoriques sont mises en pratique. Les projets, les études de cas, les missions en entreprise, les stages et l’alternance deviennent donc des éléments déterminants.
Les écoles doivent également expliquer clairement la différence entre leurs programmes. Des intitulés proches peuvent recouvrir des contenus très différents. Il est donc important de détailler les objectifs de chaque spécialisation, les prérequis, le niveau attendu et les métiers auxquels elle prépare.
La transparence doit aussi concerner les débouchés. Les candidats ont besoin d’indicateurs concrets sur l’insertion des diplômés, les secteurs qui recrutent, les fonctions occupées et les trajectoires possibles quelques années après la sortie.
La rencontre directe avec les représentants des établissements conserve ici toute son utilité. Elle permet aux candidats de dépasser les arguments de communication et d’obtenir des réponses adaptées à leur propre situation. C’est également une occasion, pour les écoles, de mieux comprendre les préoccupations des étudiants et de faire évoluer leur manière de présenter leurs formations.
5. Comment évaluer la dimension internationale d’un Master ou d’un MBA ?
Mohcine BERRADA : L’international occupe une place importante dans les choix de formation, mais les candidats adoptent aujourd’hui une approche plus réfléchie. Ils ne se contentent plus de la mention « programme international ». Ils veulent savoir ce qu’elle recouvre concrètement.
S’agit-il d’un véritable double diplôme ? Quel est l’établissement partenaire ? Combien de temps l’étudiant passera-t-il à l’étranger ? Le cursus est-il intégralement ou partiellement enseigné en anglais ? La mobilité est-elle obligatoire ou facultative ? Quelles compétences et quelles expériences supplémentaires le parcours permet-il d’acquérir ?
Ces questions sont essentielles. Les doubles diplômes, les échanges académiques, les parcours multi-campus et les cursus construits conjointement par des établissements marocains et étrangers peuvent apporter une réelle valeur. Encore faut-il que cette dimension internationale soit structurée et qu’elle serve le projet de formation.
L’international ne doit pas être considéré comme une destination en soi. Pour certains candidats, partir plusieurs années à l’étranger sera la solution la plus pertinente. Pour d’autres, commencer leur cursus au Maroc avant d’effectuer un semestre ou une année dans une université partenaire pourra être plus adapté.
Il n’existe donc pas de modèle unique. La pertinence dépend du profil du candidat, de ses objectifs professionnels, de ses capacités linguistiques et de ses moyens. L’essentiel reste la cohérence entre l’expérience internationale proposée et la trajectoire envisagée.
6. Quelle place les relations avec les entreprises doivent-elles occuper dans le choix d’une école ?
Mohcine BERRADA : La relation avec les entreprises permet de mesurer la capacité d’un programme à relier les enseignements aux réalités professionnelles. Elle doit donc être examinée avec attention, notamment pour les candidats qui choisissent un Master spécialisé ou un MBA dans l’objectif d’accélérer leur insertion ou leur évolution de carrière.
Il ne suffit cependant pas qu’un établissement affiche une longue liste de partenaires. Le candidat doit chercher à comprendre la nature de ces relations. Les entreprises accueillent-elles régulièrement des stagiaires ou des alternants ? Participent-elles à la conception des programmes ? Leurs cadres interviennent-ils dans les enseignements ? Proposent-elles des études de cas, des projets ou des missions aux étudiants ?
La qualité de l’expérience professionnelle compte autant que sa présence dans le cursus. Un stage doit permettre de mettre en application des connaissances, de développer des compétences et de mieux comprendre les exigences d’un métier. Il ne devrait pas être envisagé comme une simple formalité nécessaire à l’obtention du diplôme.
Les candidats doivent également s’intéresser aux services d’accompagnement proposés par l’école : préparation aux entretiens, aide à la recherche de stage, rencontres avec des recruteurs, suivi des diplômés ou animation du réseau des anciens.
Une formation supérieure doit aider le candidat à construire une passerelle entre son projet académique et son avenir professionnel. La solidité des relations avec les entreprises constitue, à ce titre, un indicateur important.
7. Pourquoi avoir intégré des sessions “Masters Live” au Forum ?
Mohcine BERRADA : Nous ne voulons pas que le Forum se limite à une succession de stands et de brochures. Choisir une formation suppose également de comprendre les transformations du monde professionnel dans lequel elle s’inscrit.
Les sessions “Masters Live” doivent permettre aux visiteurs d’écouter des experts, d’interroger des professionnels et de prendre du recul sur l’évolution des métiers et des compétences. Elles complètent les échanges individuels avec les universités et les grandes écoles.
L’intelligence artificielle illustre bien cette nécessité. Un candidat qui envisage une spécialisation dans le digital, la finance, le marketing, le management ou l’ingénierie doit tenir compte des transformations provoquées par ces technologies. Il doit se demander quelles tâches évolueront, quelles nouvelles compétences seront demandées et quelles aptitudes humaines conserveront une valeur déterminante.
Les métiers se transforment parfois plus rapidement que les programmes. Il est donc essentiel que les candidats apprennent à analyser ces évolutions avant de choisir leur spécialisation.
Je crois beaucoup à la valeur de l’échange direct. Lorsqu’un professionnel ou un expert intervient, les questions posées par le public sont souvent différentes de celles qui avaient été anticipées. C’est précisément ce qui rend la discussion utile. L’orientation ne consiste pas uniquement à apporter des réponses. Elle doit également apprendre aux candidats à formuler les bonnes questions.
8. À quels publics le Forum s’adresse-t-il et quel conseil leur donneriez-vous avant leur visite ?
Le Forum s’adresse d’abord aux étudiants qui souhaitent poursuivre leur formation après un Bac+2, un Bac+3 ou un Bac+4, selon les conditions d’accès propres à chaque programme. Mais nous avons voulu dépasser ce premier public.
Un jeune diplômé peut rechercher une spécialisation complémentaire. Un autre peut vouloir se réorienter après avoir découvert que sa première formation ne correspond pas à son projet. Un professionnel peut souhaiter actualiser ses compétences, accéder à des fonctions managériales ou préparer une évolution de carrière.
C’est pour répondre à cette diversité que le Forum réunit des Masters, des MBA, des spécialisations et des formations destinées aux professionnels. Certains visiteurs arriveront avec une idée précise. D’autres seront encore au début de leur réflexion. Dans les deux cas, ils doivent pouvoir rencontrer des interlocuteurs capables de les aider à avancer.
Je leur conseille de préparer leur visite, d’identifier les établissements qu’ils souhaitent rencontrer et de dresser une liste de questions sur les programmes, les débouchés, les stages, l’alternance, les partenariats internationaux, les frais de scolarité et les modalités d’admission.
Le plus important n’est pas de choisir rapidement, mais de comprendre ce que l’on choisit. Un Master ou un MBA n’est pas une fin en soi. C’est une étape du parcours. Lorsqu’elle est cohérente avec le profil, les compétences et les ambitions du candidat, cette étape peut transformer toute la suite de sa trajectoire.








