La direction d’une entreprise décide de regrouper les achats de ses trois usines afin de négocier de meilleurs prix. Le directeur financier soutient le projet et le comité de direction donne son accord. Trois mois plus tard, chaque site continue de commander séparément. La décision formelle n’a pas réglé les dépendances entre les personnes chargées de l’appliquer.

Le responsable du projet découvre qu’un chef d’atelier privilégie un fournisseur local capable de livrer une pièce en urgence. La direction des achats compare surtout les prix annuels. Le service informatique attend, lui, une définition commune des références avant de modifier le
système de commandes. Aucun de ces acteurs ne dispose seul de la décision finale ; chacun peut néanmoins retarder l’exécution.
Le power mapping consiste à repérer ces capacités d’action et les intérêts qui les expliquent. La carte ne décrit pas des personnalités « favorables » ou « hostiles » une fois pour toutes. Elle relie chaque personne à une décision précise : transmettre une donnée, engager un budget, accepter un risque ou changer une pratique.
Partir des décisions à prendre
La première étape consiste à décomposer le projet. Qui choisit les fournisseurs ? Qui fixe le stock de sécurité ? Qui valide une commande urgente ? Le directeur financier peut autoriser le budget sans connaître le délai maximal acceptable sur une ligne de production.
Cette décomposition évite de confondre autorité hiérarchique et influence opérationnelle. Le chef d’atelier n’a peut-être aucun siège au comité, mais son expérience détermine si la nouvelle procédure fonctionnera. Son avis doit être examiné avant que le contrat fournisseur soit arrêté.
Mesurer influence et position
Une carte simple peut situer les acteurs selon leur capacité à influer sur le projet et leur appréciation de la solution proposée. Le directeur financier dispose d’une forte influence et soutient la réduction des coûts. Le responsable d’usine a lui aussi du poids, mais conteste la perte de réactivité.
Ces positions doivent rester révisables. Une objection peut changer après la présentation de délais garantis par le fournisseur commun. À l’inverse, un soutien initial peut faiblir lorsque le coût informatique apparaît. Les étiquettes de « sponsor » ou de « bloqueur » sont moins utiles que les conditions dans lesquelles chacun accepterait le projet.
Examiner les détenteurs d’information
Certaines personnes ne signent aucune décision, mais connaissent les données indispensables à son instruction. Le contrôleur de gestion sait quels achats sont réellement comparables entre les sites. Une assistante chargée de préparer les dossiers du comité connaît les échéances auxquelles les arbitrages peuvent être soumis.
Leur rôle n’est pas de fournir un accès privilégié aux décideurs. Il est de rendre le dossier exact et complet. Les consulter tôt permet d’éviter qu’une proposition soit refusée parce que ses chiffres ne couvrent pas les mêmes produits ou qu’un contrat arrive à échéance avant la décision.
Discuter avant la séance
Le responsable du projet rencontre séparément les achats, les usines et la finance. Il présente la même hypothèse de départ et demande ce qui manquerait à chaque service pour l’appliquer.
Ces échanges peuvent conduire à conserver un fournisseur de secours tout en regroupant les achats courants.
La réunion du comité conserve sa fonction d’arbitrage. Elle doit voir clairement le prix de cette solution, son effet sur les délais et les points de désaccord persistants. Préparer les discussions ne signifie pas obtenir des engagements cachés avant la séance.
Vérifier le pouvoir d’exécution
Après l’accord, chaque décision reçoit un responsable, une échéance et un moyen de contrôle.
Si les usines continuent d’acheter hors contrat, il faut comprendre si la cause tient aux livraisons, aux références informatiques ou au refus d’une nouvelle règle.
La carte d’influence se révèle utile à ce moment-là. Elle montre vers qui revenir pour corriger le processus, sans attribuer automatiquement le retard à une résistance personnelle. La réussite du projet dépend finalement moins d’un vote favorable que de la capacité des acteurs. concernés à faire fonctionner ensemble la décision prise.








