Le développement du e-commerce et des modèles omnicanaux transforme progressivement la logistique des entreprises marocaines. Livrer rapidement ne suffit plus : le client attend désormais une information précise, une disponibilité maîtrisée, un suivi de sa commande et une gestion simple des retours. Cette évolution déplace une partie de la bataille commerciale vers le dernier kilomètre, étape particulièrement coûteuse où chaque échec de livraison peut directement détériorer la marge réalisée sur une commande.

Pour une entreprise, la difficulté commence lorsque la promesse commerciale rencontre la
réalité opérationnelle. Un produit peut être correctement stocké, préparé et expédié, puis perdre
une partie importante de sa rentabilité pendant les derniers kilomètres. Congestion urbaine,
adresse imprécise, absence du destinataire, paiement en espèces ou seconde tentative de
livraison multiplient les opérations nécessaires pour finaliser une seule vente.
Le contexte marocain ajoute plusieurs contraintes. Les besoins logistiques d'une métropole
dense comme Casablanca diffèrent fortement de ceux d'une livraison interurbaine ou dans une
zone moins bien desservie. Le paiement à la livraison complique également l'équation : le
transporteur ne déplace plus seulement un colis, mais devient temporairement un maillon du
processus d'encaissement. Le dernier kilomètre doit donc être piloté simultanément comme un
enjeu logistique, financier et commercial.
Calculer le vrai coût livré
Le premier chantier consiste à dépasser le simple tarif facturé par le transporteur. Le coût réel
d'une livraison doit intégrer la préparation, le transport, les appels au client, les tentatives
infructueuses, les retours, le traitement administratif et, lorsque le paiement intervient à
réception, le délai nécessaire pour récupérer les fonds.
Cette lecture modifie rapidement les arbitrages. Une livraison apparemment économique peut
devenir déficitaire après deux passages et un retour en entrepôt. Les entreprises doivent donc
suivre le coût par commande effectivement livrée plutôt que le seul coût d'expédition.
Rapprocher les stocks des clients
Pour les entreprises disposant de volumes suffisants, rapprocher certaines références des
principales zones de consommation permet de raccourcir les distances. Micro-hubs, petits
entrepôts urbains ou espaces de préparation dédiés peuvent accélérer la livraison tout en
augmentant le nombre de commandes traitées par tournée.
Cette stratégie exige cependant une gestion fine des stocks. Multiplier les implantations sans
prévision suffisamment précise peut immobiliser davantage de marchandises et annuler les
économies logistiques recherchées. Le micro-fulfillment devient rentable lorsqu'il repose sur une
connaissance précise de la demande locale.
Optimiser chaque tournée
Le TMS et les outils d'optimisation des itinéraires permettent de passer d'une organisation
largement manuelle à un pilotage davantage fondé sur la donnée. Les commandes peuvent être
regroupées selon leur localisation, les parcours réorganisés et la charge distribuée entre les
véhicules.
Mais l'optimisation commence avant le départ du livreur. Confirmer la disponibilité du
destinataire, récupérer sa géolocalisation et préciser son créneau de réception évitent une
partie des kilomètres inutiles. Dans le dernier kilomètre, une commande correctement préparée
sur le plan informationnel coûte souvent moins cher à livrer.
Mutualiser plutôt que multiplier
La livraison à domicile n'est pas nécessairement la solution optimale pour chaque commande.
Points relais, commerces partenaires et consignes automatiques permettent de concentrer
plusieurs colis sur une même destination.
Cette massification améliore la productivité des tournées et réduit le risque d'absence du
destinataire. Pour les entreprises, elle permet également de proposer plusieurs niveaux de
service : livraison rapide à domicile pour les clients prêts à la payer, retrait en point relais pour
les commandes davantage sensibles au prix.
Réduire la dépendance au cash
Le paiement à la livraison ajoute une dimension financière à la Supply Chain. Les espèces
doivent être collectées, contrôlées, rapprochées des commandes puis reversées au marchand.
Plus ce cycle est long, plus le besoin en fonds de roulement augmente.
La carte bancaire mobile, le paiement sans contact ou le QR code permettent progressivement
de dissocier livraison physique et manipulation du cash. L'enjeu n'est pas seulement
technologique : raccourcir le délai entre la livraison et l'encaissement améliore directement la
trésorerie du commerçant.
Verdir sans dégrader l'économie
La décarbonation du dernier kilomètre peut également devenir un chantier d'efficacité.
Véhicules électriques légers, deux-roues ou vélos-cargos peuvent être pertinents sur certaines
tournées urbaines courtes et répétitives. La mutualisation des capacités avec des prestataires
spécialisés permet parallèlement d'améliorer le taux de remplissage.
Le choix doit néanmoins rester économique. La flotte, le mode de livraison et le niveau
d'externalisation doivent être adaptés aux volumes, aux distances et à la densité des
commandes plutôt qu'à une logique uniforme.
Le dernier kilomètre devient ainsi un véritable indicateur de maturité de la Supply Chain. Pour
les entreprises marocaines, la performance ne se mesurera plus seulement au nombre de colis
expédiés, mais au coût de chaque commande réellement livrée, au délai d'encaissement, au
taux de retour et à la satisfaction obtenue. C'est à cet endroit précis, entre l'entrepôt et le client,
qu'une partie croissante de la rentabilité du commerce se joue.








